Épisode 31: Le sanctuaire

29 mars

Salut.

Salut.

Le CHSLD m’a appelé. Papa est tombé.

Quoi!?

Il l’ont retrouvé couché à terre dans sa chambre, ils n’ont rien vu.

Y’é correct?

Il l’ont relevé, il avait l’air correct. Il ne se souvenait plus de rien.

Y’é correct?

Ben ça l’air, il a pas de bosse. On va faire confiance.

On devrait l’appeler.

Pas sûr, ils disent qu’il est plutôt stable; il ne nous demande pas, ça pourrait le perturber plus qu’autre chose.

Tu penses?

Je le sais pas.

J’aurais besoin de le voir; FaceTime, Messenger, quèk chose.

Ils n’ont pas le temps ni le staff pour ça comme c’est là.

Il va nous oublier?

Excuse-moi ma sœur…

Je sais pas. Je sais pas comment ça marche cette maladie-là, je sais pas quand on va le revoir. Je sais pas.

* * *

Le Nord est fermé. Sans promesse d’ouverture. La police arrête le monde sur la 117 à l’entrée de la Réserve faunique de La Vérendrye. Seuls les urgences et les services essentiels peuvent passer. L’Abitibi, Matagami, les Terres cris de la Bais James ne sont plus accessibles. Parti comme c’est là, le carcajou et les ours risquent d’attendre avant d’espérer avoir ma peau.

* * *

Il me disait des fois qu’il n’arrivait pas, dans sa chambre, à se sentir protégé, bien, comme dans une sorte de…de nid…de nid calme, de… Il cherchait ses mots, j’essayais de l’aider. De sanctuaire? Il ouvrait grand les yeux. C’est ça! Je continuais en parlant comme un curé. Le sanctuaire, je pense qu’il est à l’intérieur de nous. Ça le faisait pleurer. Avant de le quitter, je lui disais toujours la même phrase. T’oublie pas, même si on se voit pas en personne, en esprit, on reste ensemble. Il faisait signe que oui. À cet instant, on était ensemble, vraiment. Puis, on sortait tous les deux de notre sanctuaire.

* * *

Je continue de m’entraîner. Je commence à faire un avec mon Kona. Le chemin du Nord, intérieur, est encore ouvert. Le voyage est déjà commencé de toute façon. Mes pensées, mon esprit, mon espoir ne sont pas confinés et demeurent libres. Je suis là, avec toi, en ce moment. Te souviens-tu encore où est-ce que je m’en vais cet été?