Épisode 28: Les jouets mécaniques

(Note: au delà des considérations bien nombrilistes de ce journal, il y a la réalité de ceux et celles qui sont à pied d’oeuvre présentement pour faire face courageusement à cette vague inédite et dangereuse qui s’amène, il y a les souffrances présentes et à venir, il y a la peur; toute chose doit donc être mise en perspective…)

18 mars

J’ai ma date de départ pour le Nord!

Ça ne veut plus rien dire. La surprise attendue arrive beaucoup plus vite que prévue. Et de façon subite et consternante. En quelques jours à peine, l’idée crée et nourrie du voyage s’affadit, s’embrouille. La promesse du Nord est compromise par une menace rampante et tenace. Le mystère auto-concocté se dégonfle devant la Bête couronnée. Ce n’est pas le mythique carcajou, ni le guépard onirique, mais une petite Reine pointue bien réelle qui attaque notre faculté à nous projeter dans l’avenir. C’est désarmant. Nous errons comme un jouet mécanique dans un espace fermé où la fenêtre des mois à venir est toute embuée.

C’est comme dans un film!

Par l’écriture, la frontière entre la fiction et le réalité est perméable, l’une nourrit l’autre dans un libre échange plus ou moins heureux, mais toujours, selon moi, au profit de la fiction. Ceci est le Nord ne sera jamais le Nord aussi glaciale peut être la phrase. Cette adéquation, ironiquement, est dans l’ordre des choses. Nous acceptons que la littérature (ou toute autre forme de représentation- le langage!) soit une tentative éternellement vaine d’accéder au réel.

Mais quand ce réel rejoint la fiction, comme ces jours-ci, comme en septembre 2001, ce contrat artistique explose. Les repères sémantiques disparaissent. Le langage ne croit plus trop en ce qu’il nomme. L’avenir a du mal a être conçu. On ne comprend plus ce que l’on ressent. On se retrouve, ahuris et désorganisés, face à la porosité de la frontière entre, non pas le réel et l’imaginé, mais le présent et l’avenir, dans une sorte de glu temporelle paralysante, un moment présent bizarre et pas zen du tout.

T’en as fumé du bon!

Tout ça pour dire que je reste actif! Je garde le moral en jouant les essayistes. Je roule tous les jours, j’enfile les kilomètres, j’écris et je ne me pose pas trop de questions (très bizarre). Le Nord existe, la route pour s’y rende existe, mon vélo existe et j’écris existe.

Et puis (surtout!), ici, tout le monde va bien.