Épisode 14: L’échalote

21 janvier

C’est faux plat montant, fais-toi pas exploser drette en commençant!

Conseil bienveillant de l’échalote accotée nonchalamment sur le guidon de son vélo de contre-la-montre à six milles piasses. Il avait vu venir le personnage. Pattes velues, vélo entrée de gamme, p’tit sac encore accroché sous la selle comme une grosse couille…molle. Rien d’intimidant, mettons. Pourtant, j’étais en forme. Deuxième vraie saison de cyclisme de route, motivé à l’os, entraîné dans les côtes de l’Estrie. Sous le poil, le mollet bandait pas si pire… Quelques cyclosportives côteuses respectables. Rien de spectaculaire. Je finissais à la fin du premier tiers environ, mais, à 48 ans, j’en étais assez fier et un peu…présomptueux.

C’est la seule vraie course homologuée à laquelle j’ai participé. Un contre-la-montre de 12 km sur le plat dans un rang près de Sherbrooke. Je suis arrivé là comme un seul homme, inconnu de tous avec mon vélo tout alu. En bel innocent. C’était pas un gros événement. Pas beaucoup de participants, une dizaine. Ça faisait course de campagne, mais juste au gabarit des cyclistes, la qualité de leur vélo, le sérieux de leur préparation (y’en avait un qui spinnait en arrière de son auto), j’ai compris que je ne finirais pas premier…

Je partais dans les derniers. Le maigre qui m’avait spoté partait après moi. II ne me regardait pas de haut. Il m’avait sizé. Un nouveau -vieux- qui s’essaye. Respect. Je suis parti sur un énorme braquet et, comme de raison, j’ai pas suivi son conseil. Après deux minutes, j’étais dans le rouge, au bord de péter. Imbécile! Mais j’ai géré et retrouvé la santé assez vite. J’étais content. J’ai donné ensuite comme jamais pendant 12 km, steady. Je me suis senti bien. À ma place. C’était pas juste l’orgueil. Je prenais ma place, en toute légitimité. J’étais là, parmi les autres, comme eux, avec les risques de l’échec et l’espoir de la réussite. En toute…humilité.

Publier ce journal, pour moi, c’est un peu comme participer à cette course.

Évidemment, l’échalote (l’épervier) m’avait choisi comme lapin depuis le début. Il m’a rattrapé et coiffé tout doucement au fil d’arrivée. Petite tape sincère dans le dos. Good job! J’ai fini avant dernier, mais -désolé pour le cliché- je l’ai vécu comme une petite victoire.